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Radon : ces départements où votre maison vous empoisonne peut-être

Le radon expliqué : seuils OMS vs réglementation française, carte des zones IRSN, top 20 des départements les plus exposés.

10 min de lectureMis à jour le 30 mars 2026

Le radon est un gaz radioactif naturel, invisible et inodore, qui s'infiltre dans les habitations par le sol. Classé cancérigène certain par l'OMS, il est responsable de 3 000 décès par an en France selon l'IRSN. Pourtant, la majorité des acheteurs immobiliers ignorent totalement ce risque au moment de signer.

Ce guide vous explique ce qu'est le radon, quels départements sont les plus exposés, comment le mesurer, et surtout quel impact il peut avoir sur la valeur de votre futur bien.

3 000 décès/an

Nombre de décès attribués au radon en France chaque année

Source : IRSN — Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire

8 833

Communes en zone moyenne ou élevée

6 792

Communes en zone élevée (cat. 3)

25.3%

Du territoire en zone 2 ou 3

19.4%

Du territoire en zone 3

Qu'est-ce que le radon ?

Le radon est un gaz radioactif naturel qui provient de la désintégration de l'uranium et du radium présents dans certaines roches du sous-sol, principalement le granite, le schiste, le gneiss et certaines roches volcaniques. Il appartient à la famille des gaz nobles et porte le symbole chimique Rn (numéro atomique 86).

Contrairement à d'autres polluants, le radon est totalement invisible, inodore et incolore. Il est impossible de le détecter sans un appareil de mesure spécifique. C'est ce qui le rend particulièrement insidieux : on peut vivre des années dans un logement fortement contaminé sans le savoir.

Le radon se forme dans le sol et migre naturellement vers la surface. En plein air, il se dilue rapidement et ne pose pas de problème. Mais lorsqu'il s'infiltre dans un bâtiment — par les fissures des fondations, les joints de construction, les passages de canalisations, les caves ou les vides sanitaires — il peut s'accumuler et atteindre des concentrations dangereuses, notamment dans les parties basses des habitations (sous-sol, rez-de-chaussée).

La concentration de radon dans un logement dépend de plusieurs facteurs : la nature géologique du sous-sol, la perméabilité du sol, l'état du bâti (fissures, étanchéité des fondations), le mode de ventilation et les habitudes d'aération des occupants. Un même quartier peut présenter des niveaux très différents d'une maison à l'autre.

Source : IRSN — irsn.fr/radon

Risques pour la santé : le radon, 2e cause de cancer du poumon

Le radon est classé cancérigène certain pour l'homme (groupe 1) par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence de l'Organisation Mondiale de la Santé. C'est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac, et la première cause chez les non-fumeurs.

Le mécanisme est le suivant : le radon se désintègre en émettant des particules alpha hautement énergétiques. Lorsqu'on inhale du radon, ces particules irradient directement les cellules des bronches et des poumons. L'exposition chronique — même à des niveaux modérés — augmente significativement le risque de développer un cancer du poumon. Le risque est multiplié chez les fumeurs : la combinaison tabac + radon est particulièrement dangereuse.

En France, l'IRSN estime que le radon est responsable d'environ 3 000 décès par an par cancer du poumon. À titre de comparaison, les accidents de la route causent environ 3 200 décès par an. C'est un risque sanitaire majeur mais largement méconnu du grand public.

L'Organisation Mondiale de la Santé recommande un seuil de référence de 100 Bq/m³ (becquerels par mètre cube). Au-delà de cette concentration, l'OMS considère que le risque sanitaire est significatif et que des actions de remédiation doivent être engagées.

Source : OMS — WHO Handbook on Indoor Radon (2009)

Classification IRSN : les 3 catégories de potentiel radon

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a établi une cartographie du potentiel radon des sols pour l'ensemble du territoire français. Chaque commune est classée dans l'une des trois catégories suivantes :

CatégoriePotentielGéologieCommunes
Catégorie 1FaibleCalcaire, sable, craie — roches sédimentaires peu uranifèresBassin parisien, Aquitaine, plaines alluviales
Catégorie 2MoyenFormations géologiques mixtes, présence localisée de roches uranifères2 041 communes (cat. 2 seule)
Catégorie 3ÉlevéGranite, schiste, gneiss, roches volcaniques — forte teneur en uranium6 792 communes en France

La catégorie est déterminée par la nature géologique du sous-sol. Les roches cristallines (granite, gneiss) et certaines roches métamorphiques (schiste) contiennent naturellement plus d'uranium que les roches sédimentaires (calcaire, craie). C'est pourquoi les régions de socle ancien — Massif Central, Bretagne, Vosges, Corse — sont les plus exposées.

Attention : la catégorie communale indique un potentiel, pas une concentration mesurée. Une maison en commune de catégorie 3 peut avoir un niveau très faible si elle est bien ventilée et étanche. Inversement, une maison en catégorie 2 avec des fissures en fondation peut atteindre des niveaux préoccupants. Seule une mesure in situ permet de connaître le niveau réel.

Source : IRSN — Cartographie du potentiel radon des formations géologiques

Top 20 des départements les plus exposés au radon

Les départements les plus exposés au radon se concentrent dans les régions à socle granitique et métamorphique : Massif Central, Bretagne, Corse, Vosges et certaines zones des Pyrénées et des Alpes. Voici les 20 départements où la proportion de communes en catégorie 3 (potentiel élevé) est la plus importante.

#DépartementRégionGéologie dominante
1Cantal (15)Auvergne-Rhône-AlpesGranite, basalte volcanique
2Corrèze (19)Nouvelle-AquitaineGranite, gneiss
3Creuse (23)Nouvelle-AquitaineGranite du Massif Central
4Haute-Vienne (87)Nouvelle-AquitaineGranite, micaschiste
5Finistère (29)BretagneGranite breton
6Côtes-d'Armor (22)BretagneGranite, schiste
7Morbihan (56)BretagneGranite, gneiss
8Loire (42)Auvergne-Rhône-AlpesGranite, gneiss
9Puy-de-Dôme (63)Auvergne-Rhône-AlpesGranite, basalte
10Haute-Loire (43)Auvergne-Rhône-AlpesBasalte, granite
11Lozère (48)OccitanieGranite, schiste
12Corse-du-Sud (2A)CorseGranite hercynien
13Haute-Corse (2B)CorseGranite, schiste
14Vosges (88)Grand EstGranite vosgien
15Deux-Sèvres (79)Nouvelle-AquitaineGranite, gneiss
16Allier (03)Auvergne-Rhône-AlpesGranite, gneiss
17Aveyron (12)OccitanieSchiste, granite
18Haute-Saône (70)Bourgogne-Franche-ComtéGranite vosgien (sud)
19Ardèche (07)Auvergne-Rhône-AlpesGranite, gneiss
20Ille-et-Vilaine (35)BretagneGranite, schiste briovérien

Quelques observations clés sur cette répartition géographique :

  • Le Massif Central concentre à lui seul 8 des 20 départements les plus exposés. C'est le plus grand massif granitique de France.
  • La Bretagne est la deuxième région la plus touchée, avec 4 départements dans le top 20. Le socle breton est constitué de granite ancien (hercynien) particulièrement riche en uranium.
  • La Corse est entièrement classée en catégorie 3 pour sa partie granitique (ouest de l'île), tandis que la partie schisteuse (nord-est) est en catégorie 2.
  • Les Vosges présentent un gradient net : le massif granitique à l'ouest est en catégorie 3, tandis que la plaine d'Alsace à l'est est en catégorie 1.

Source : IRSN — Données communales de potentiel radon

Impact du radon sur l'immobilier

À ce jour, l'impact du radon sur les prix immobiliers en France reste limité mais en croissance. Contrairement au risque d'inondation (décote mesurable de 5 à 20%) ou à la proximité Seveso (décote de 5 à 15%), le radon n'a pas encore pleinement intégré la conscience collective des acheteurs.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • Le radon est invisible — il n'y a pas de stigmate visuel comme une zone inondable ou une usine Seveso
  • L'obligation d'information est récente (2018) et limitée aux communes de catégorie 3
  • Peu d'acheteurs demandent une mesure de radon avant d'acheter, contrairement aux diagnostics plomb ou amiante
  • Les agents immobiliers n'abordent quasiment jamais le sujet spontanément

Cependant, la tendance est à la prise de conscience progressive. Les études européennes (Norvège, Suède, Royaume-Uni) montrent qu'une fois le risque radon bien communiqué au public, une décote de 2 à 5% apparaît sur les biens situés en zone à fort potentiel. La France suit cette trajectoire avec un décalage de quelques années.

Pour un acheteur avisé, le radon représente aujourd'hui un levier de négociation sous-exploité. Un bien en zone 3 avec un niveau mesuré supérieur à 300 Bq/m³ nécessite des travaux de remédiation (1 000 à 5 000 euros). Ce coût peut légitimement être intégré dans la négociation du prix d'achat.

Comment mesurer le radon chez soi

La mesure du radon est la seule façon fiable de connaître le niveau réel dans un logement. La catégorie communale indique un potentiel géologique, mais la concentration réelle dépend de facteurs propres au bâtiment.

Le kit dosimètre (30 à 50 euros)

La méthode la plus simple et la plus économique est le dosimètre passif (aussi appelé détecteur à traces ou DSTN). Il s'agit d'un petit boîtier que l'on place dans la pièce de vie principale (salon, chambre) et qui enregistre l'exposition au radon pendant une période de 2 à 3 mois, idéalement entre octobre et avril (période de chauffage, fenêtres fermées).

Le dosimètre est ensuite renvoyé au laboratoire d'analyse qui fournit un résultat en Bq/m³. Le coût total (achat + analyse) se situe entre 30 et 50 euros. Ces kits sont disponibles auprès de laboratoires agréés ou de l'IRSN.

La mesure professionnelle (200 à 500 euros)

Pour une mesure plus précise et rapide, un professionnel certifié peut utiliser un détecteur électronique continu qui fournit un résultat en quelques jours. Cette option est recommandée dans le cadre d'une transaction immobilière où le temps est compté.

Le professionnel place généralement plusieurs détecteurs dans les différentes pièces du logement (sous-sol, rez-de-chaussée, étage) pour cartographier la concentration. Le rapport indique les niveaux mesurés, les compare aux seuils réglementaires et recommande des actions correctives si nécessaire.

Quand mesurer ?

La concentration de radon fluctue selon les saisons. Elle est généralement plus élevée en hiver (chauffage, ventilation réduite, effet de tirage thermique) et plus faible en été (fenêtres ouvertes, moindre dépression du bâtiment). La mesure de référence doit être réalisée sur au moins 2 mois pendant la saison de chauffe (octobre à avril).

Source : IRSN — Mesurer le radon dans son habitation

Solutions de remédiation : réduire le radon dans votre logement

Si la mesure révèle une concentration supérieure au seuil recommandé, plusieurs solutions techniques existent pour réduire le niveau de radon. Le coût varie de 1 000 à 5 000 euros selon la technique et la complexité de l'intervention.

1. Améliorer la ventilation (500 à 2 000 euros)

La première action, souvent la plus efficace, consiste à améliorer le renouvellement d'air dans le logement. L'installation ou l'optimisation d'une VMC (Ventilation Mécanique Contrôlée) permet de diluer le radon en apportant de l'air neuf extérieur. Une VMC simple flux en bon état de fonctionnement peut réduire la concentration de 30 à 50%.

2. Étanchéifier l'interface sol/bâtiment (1 000 à 3 000 euros)

L'objectif est de limiter l'entrée du radon dans le bâtiment en colmatant les voies de passage : fissures dans la dalle, joints de construction, passages de canalisations, trappes d'accès aux vides sanitaires. La pose d'une membrane anti-radon sur le sol est une solution efficace pour les constructions sans dalle béton ou avec une dalle fissurée.

3. Mettre en dépression le sol (2 000 à 5 000 euros)

La solution la plus performante est le système de mise en dépression du sol (SDS) ou puisard de radon. Un extracteur mécanique crée une dépression sous la dalle du bâtiment, aspirant le radon avant qu'il ne pénètre dans le logement et l'évacuant vers l'extérieur. Cette technique permet de réduire la concentration de 80 à 95%.

4. Ventiler le sous-sol ou le vide sanitaire (500 à 1 500 euros)

Si le logement dispose d'une cave ou d'un vide sanitaire, la ventilation de cet espace tampon est une solution simple et efficace. Des ouvertures d'aération ou un extracteur mécanique permettent d'évacuer le radon avant qu'il n'atteigne les pièces de vie.

1 000 à 5 000 €

Coût moyen de remédiation

80 à 95%

Réduction avec un système SDS

Source : CEREMA — Guide de remédiation radon dans les bâtiments existants

Obligations légales depuis 2018

Depuis le 1er juillet 2018, la réglementation française impose des obligations spécifiques en matière de radon, principalement dans les communes classées en catégorie 3 (potentiel élevé).

Information de l'acquéreur (zone 3)

En commune de catégorie 3, le vendeur a l'obligation d'informer l'acquéreur du potentiel radon via l'État des Risques et Pollutions (ERP). Le radon figure parmi les risques listés dans ce document obligatoire, annexé au compromis de vente et à l'acte authentique.

Cependant, l'ERP se limite à mentionner la catégorie communale. Il n'impose pas de mesure du radon dans le logement, contrairement au diagnostic plomb ou amiante. C'est une limite importante de la réglementation actuelle.

Établissements recevant du public (ERP)

Les ERP souterrains et rez-de-chaussée (écoles, hôpitaux, établissements pénitentiaires, crèches) situés en zone 3 doivent réaliser un dépistage du radon et engager des actions correctives si la concentration dépasse 300 Bq/m³. Cette obligation est en cours de déploiement progressif.

Constructions neuves

Pour les constructions neuves en zone 3, la réglementation impose la mise en oeuvre de mesures préventives dès la conception : étanchéité du soubassement et dispositif de mise en dépression du sol ou ventilation renforcée. Ces mesures représentent un surcoût de construction estimé à 500 à 1 500 euros — un investissement modeste au regard de la protection sanitaire apportée.

Ce qui manque dans la réglementation

Plusieurs limites de la réglementation actuelle méritent d'être soulignées :

  • Pas de mesure obligatoire dans les logements existants, même en zone 3
  • Pas d'obligation en zone 2, alors que des concentrations élevées y sont régulièrement mesurées
  • Le seuil français de 300 Bq/m³ est trois fois supérieur à la recommandation OMS de 100 Bq/m³
  • L'ERP mentionne le radon mais n'impose pas de diagnostic au niveau du logement

Source : Code de la santé publique — Articles L. 1333-22 à L. 1333-29 et R. 1333-28 à R. 1333-36

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Source : IRSN — Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire

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